Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/06/2006

XV

medium_bar.jpgGonatine porte sur l'épaule gauche un alcoopatch qu'elle remplace quotidiennement à midi une heure, quand commence la fin du jour et l'attente du soir. Elle évite ainsi de trop croquer de copains et de bananes entières, mauvaise haleine et fils entre les dents.

XIV

medium_250905_cigarette_femme.jpg"Je ne sais pas s'il y a beaucoup de délinquance ici, mais il y a beaucoup de délinquants".

"Cliché" dit-elle.

Je suis très susceptible quant à ses critiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle n'aime ni les lieux communs, ni les lieux publics et regardant du dessus cette vieille dame quand même moche, elle se dit simplement qu'elle aimerait obtenir ses cigarettes et partir. Mais le marchand est très plaisant, du genre aimable et toujours d'accord et prends le temps de bien le faire comprendre.

Enfin dehors, elle fronce le sourcils et s'allume une blonde. La fumée ne résiste pas au plaisir de s'attarder sur ses lèvres avant de s'y glisser. Instantanément, un citadin tourne la tête, surpris pas tant de sensualité et en voie un sourire que Gonatine lui rend un peu fort : mal réveillé, l'homme s'écroule dans ses pensées. 

23/06/2006

XIII

medium_seberg.jpgIl est neuf heures. Gonatine sort. Le jour a déjà ôté ses tendres couleurs et ne concède plus qu'une lumière blanche, utilitaire, amplement suffisante pour une activité humaine citadine.

Comme pour dire : "Je suis laide et sale", mais ces mots ne feraient qu'entacher ces lignes, elle a enfilé un vieux jean bleu clair mal appris et un colenvé noir claudiquant. Ses cheveux en boule finissent lascivement leur nuit.

Elle participe au mouvement. 

C'est ainsi que tout homme doit laisser sur le trottoir une partie de sa vie en offrande à la collectivité qui ne sait trop quoi en faire. 

Mais à quelle heure sera la première bière ? 

XII

medium_produit_16.jpgJusqu'à hier, elle n'a pas goûté un seul livre, ouvert ses fenêtres à aucun prétentieux soupirant. Puis l'ennui se fit sentir et pourquoi s'y serait-elle laissée prendre ? Après avoir joué du moulusque, elle finit sa journée dans un flacon de parfum bon marché, un crachoir rouge et noir, le patron en oublia tout de sa propre vie et ne ferma que lorsqu'elle fut partie.

Sereine ma poupée flamboyante flotte toujours sur son balcon. Elle n'éprouve pas le malaise habituel de ces habituels lendemains. Elle s'interroge. Vous imaginez l'intimité que l'acte de se dédoubler, et bien, intime. Puisqu'elle est seule au monde ce matin, Gonatine observe l'autre rougeoyante partie d'elle-même. Celle qu'elle cède à la combustion du vide, du côté obscur du quotidien. Puisqu'elle n'est pas lâche et que les conséquences de ses actes assumées lui permettront peut-être de se réunifier, elle décide de se débarasser de cet inconnu qui l'entraîne dans des histoires saugrenues.

22/06/2006

XI

medium_ventre.2.jpgElle s'est d'abord longuement promenée sur lui, glissant le nez, un sein, un pied, dans les creux de sa peau. Lorsqu'il posa la langue sur son oreille, elle se sentit lentement, mais nettement, prendre du volume. A la place du plafond se développait le ciel. L'air était frais et bon. Elle l'avalait profondément et l'expulser en le faisant tourner dans sa bouche. Ils étaient seul dans le monde immense. On sentait là, entre sol et ciel, les battements lancinants du coeur de la Terre. Son corps savourait tous les mous-durs ronds du sien dont elle est si friande et qui sont si rares. Elle se laissa embrasser et ce plaisir inédit lui fit tourner la tête... point. Elle se sentit pleine.

X

medium_resizer.2.jpgIl y a trois semaines, Gonatine a rencontré un type, rien à voir avec un de ces moulusques gluants. Je crois même que c'était un homme. D'une taille moyenne de 2,50 mètres, il fut à l'origine d'un chapitre palpitant, contre toute attente au vu de la banalité de ses proportions.

Un soir, alors qu'il la raccompagnait chez-elle, une soudaine averse irraisonnable les piégea, par surprise, sur son cheval. Et comme ils avaient pris un raccourci et étaient bien loin du port, hilares, ils durent s'arrêter à une auberge afin de rire à leur aise, sans vexer le cheval qui lui, n'en avait aucune envie. Cette crise passée, détendus jusqu'à la prunelle, ils se rendirent à l'évidence dans la seule chambre que l'aubergiste, poéte et prévenant, leur avait reservée dans le cas où la situation se produirait. Déjà à moitié dans les bras du garçon, l'autre partie d'elle-même s'interrogea en palpant l'épaisseur de sa présence. Avant d'aller plus loin, il falait le tester. Elle appela Alors, le chien de l'aubergiste :

    - Alors ?, appela-t-elle le cabot, qui répondit tout de suite, habitué à cette question.

    - Il te sourit, affirma le jeune homme.

Gonatine fit glisser son autre moitié d'elle-même contre lui (tout compte fait bien plus grand qu'elle).

Déjà rapprochés par la catastrophe bénie, c'est ainsi que Mère Nature poussa délicatement sa fille dans les bras de l'inconnu. 

17/06/2006

IX

medium_nu_profile_big.3.jpgHier, c'était dimanche. C'est le jour où l'homme adulte, dans toute son impudeur animale, exhibe en bermuda le vide auquel il a toute la semaine scrupuleusement évité de s'attaquer. Gonatine est née avec un peu de ce vide aux creux du ventre, des bras, des jambes. Elle pourrait se contenter du fait  que la nature ait épargnée sa tête. Mais à chaque minute de sa vie, elle cherche le moyen de le combler, ce trou. Un trou qui aspire. L'homme est allé jusqu'à inventer la télévision pour s'abandonner bienheureux dans son rien. Pour Gonatine, il est vital de trouver une parade. Ce vide sournois dont les autre se sont fait un ami pourrait bien l'absorber toute entière. Le rituel du matin fait partie de ces remèdes. Elle partage à chaque réveil réussit, un bol de vide pur, vierge d'humanité, avec cette amie rare est complice qu'est l'aurore. Seul lien entre Gonatine et cette partie du monde où elle sent qu'elle a sa place.

VIII

medium_jourseleve.jpgLa ville aveugle et mécanique dort. Ce n'est pas encore son heure. Gonatine observe ce repos, lovée dans l'air frais. Seule à vivre ces minutes, elle se sent supérieure, presque bienveillante. Mais elle craint que l'animal turbulent soudain ne s'agite et achève la jeunesse vierge, fraîche et libre de ce jour. Immobile mais détendue, elle cherche à imprégner sa peau, ses cheveux, du bleu-orange qui baigne les objets quotidiens qui ne le sont pas encore.

Elle veut comprendre ce que c'est.

Elle se sent grandir jusqu'à appréhender l'immensité alors relative du monde qu'elle surplombe. Elle voit en grand. Plus que pense aux hommes des villes lointaines et aux pierres des plaines qui doivent bien exister quelque part.

Elle assimile. De l'extérieur rien ne transparaît mais Gonatine domine le monde et le temps.

Simplement chaque jour est unique. Depuis le début, le même soleil revient, immuable, faire renaître le même monde. Un jour neuf pour ceux qui restent. Un jour nouveau pour celui qui à besoin d'en finir avec le précédent. Profitant de cette force calme qui la porte encore haut et de ces dernières minutes de pure solitude où personne ne viendra lire dans ses pensées, elle autorise enfin le souvenir d'hier à prendre place devant ses yeux.

20/05/2006

VII

medium_cicadri_balconcvieja.jpgElle décide finalement de ne pas en vouloir à ce matin aguicheur de lui offrir tant de pêche et se laisse caresser par la fraîcheur de ses couleurs. Gonatine sait que cette vitalité va bientôt s'évanouir.

Un encombrant goéland vient alors se poser à l'autre bout de la rambarde. Il lui assène d'un ton humiliant que le matin n'oblige persone, que si ça ne lui plaît pas, elle peut toujours aller se coucher en attendant que ça passe et que surtout qu'elle a pas à venir les emmerder avec son cynisme à cet instant de la journée dont personne ne veut et dont ils ont bien voulu se contenter, et que sinon ils vont venir les faire chier, sûr, eux, les homme, en journée, non mais quand-même c'est dingue ça. Il la regarde encore dans le silence pour affirmer un peu plus son bon droit. Elle est très vexée, elle n'a rien dit de mal. Puis il décolle, sans gêne, en poussant quelques pets, pour rejoindre la réunion du club des goélands qui ne va pas tarder à toucher à sa fin.

Les braves oiseaux se tapent sur l'épaule, congratulent leur président qui vient de remettre notre amie en place. Ils jouissent ensemble de cette petite victoire, avant de repartir la resasser toute la journée, chacun chez soi.

VI

medium_morning_sun.jpgGonatine relève la tête de son oreiller. Le visage un peu sévère parce qu'elle craint la réponse, elle interroge sa cafetière sur le verdict quotidien. C'est en rosissant que celle-ci lui annonce la bonne nouvelle, une victoire de Gonatine sur la société et sur elle-même : il est encore très tôt.

Après une ultime verification auditive, bavardages d'oiseaux dans un silence qui en dit juste qu'il est trop tôt pour faire du bruit, Gonative se retrouve instantanément, presque malgré-elle, debout, entre son canapé déplié et sa kitchenette.

- N'importe-quoi, se réprimande-t-elle. Elle constate que l'énérgie de ce brusque réveil lui inflige un enthousiasme ridiculement inutile à 5h30 du matin. L'homme trop exigent aura remarqué que la nuit n'encrasse pas sa voix grave mais féminine.

D'une pression bien placée elle allume sa cafetière qui en éprouve des bouffées de chaleur, puis sort sur son belvédère et s'appuie à la balustrade, décidément bien moulée. Elle aime bien sa cafetière.

19/05/2006

V

medium_ray.jpgLes deux grands yeux bleus de Gonatine s'ouvrent par surprise.
Sans bouger un seul de ses cils froissés, elle fixe la forme obscure, juste-là, à deux ou trois nez d'elle. Il y a la une tête. Même sielle sait que c'est impossible, la jeune fille, timide derrière son épaule ronde, n'en doute pas. Elle observe ce contour d'un visage avec son nez, son menton, son cou.

Heureusement, dans ses moments délicats, lorsqu'elle s'égare entrainée par le rêve et freinée par l'évidence, son esprit bioenveillant et patient la sort toujours de l'embarras, en lui soufflant un bon conseil dans l'oreille derrière laquelle la brume passe la nuit. Bousculée, celle-ci sort alors lentement de l'autre côté, en rallant, s'ccrochant à la rétine de Gonatine qui plisse les yeux le temps de décider qui, de l'esprit ou du corps, l'emportera. Elle tranche :

-Si y a une tête, doit bien y avoir tout l'reste.

Son esprit sourit, c'est lui qui lui a dit.
Afin de vérifier cette équation tout en conservant un avantage sur l'éventuel visiteur, elle ouvre encore les yeux, regarde mieux, mais toujours sans bouger ses paupières pastels qui commencent à se sentir coincées.

Comprenant enfin la supercherie, elle abat lourdement sa main sur sa stupide couette qui fait toujours la même blague nulle, aplatissant, un peu déçue, la forme qui n'en est plus une.

Dans le studio, fen^tre, table, armoire, tout le monde reprend alors sa place. Son corps s'étire en confiance, remplit la pièce, s'autorisant sa plus belle combianaison de fermes et de souples, narguant les mille yeux, les mille sexes agglutinés derrière les murs de sa chambre.

Je me blottis petit contre elle immense, m'emplis de sa force et de sa douceur mêlés.

18/05/2006

IV

medium_harriet_anderson.jpgLorsque Gonatine s'offre un moulusque, elle ne cherche rien d'autre qu'un instant de répit.

III

medium_dali_la_muchacha_en_la_ventana_small.jpgIl est seize heures, hier, quand Gonatine ouvre sa fenêtre. Un homme fade, qui depuis des années refuse à la nature de durcir les bosses et les trous qui devraient sculpter son visage, saute d'un bond sur le canapé. Il dégouline. D'une tape sur le jean de sa cuisse droite, suivie d'un geste de son doigt, Gonatine déplace le glueux vers la table. Puisque nous sommes en période électorale, l'homme bafouille politique, pendant qu'elle déplie son lit. Ceci fait, elle s'agenouille devant celui que nous appellerons Moulusque, pour ne pas l'écorcher. Elle le déboutonne et en tir un jeu de cartes.

Désemparé, Moulusque détourne la tête vers la fenêtre, s'heurte à la beauté de la balustre et plonge dans la contemplation de sa mystérieuse féminité, tout en continuant à parler d'avenir. Gonatine est alors assurée que c'est l'homme de la situation. Elle bat le jeu à grands coups de poing pour finir de l'impressionner et entame la partie. L'autre sonné, elle joue seule et perd chacun de ses vêtements un à un, sans faire un pli, mais la tête haute. En quelques minutes, elle se retrouve assise sur lui, le buste éblouissant. Pour dissimuler sa faiblesse, il se perd dans des théories sur l'architecture des balcons dans le sud de le France. Pour Gonatine, c'est alors le moment de se lever, puis de se pencher pour dégager par les pieds un ultime tissu noir et l'image qui donnera au Moulusque manipulé, l'envie de la sucer toute entière.

Bien entendu, il tirera à lui un conclusion hâtive et banale, mais, simple et faible, il ne cherchera pas plus à pénétrer l'intimité de Gonatine. Il partira sans faire d'histoire, ça c'est moi. Elle conservera tous ses mystères, même pour elle-même. Elle. Même.

17/05/2006

II

Puis il y les hommes. Là, je dois sortir à reculons. Laisser Gonatine seule accompagnée par ses meubles et par son chat, qui eux, restent et savent tout et que j'interrogerai plus tard. Là, Gonatine ne fait plus partie de mon histoire. Elle est indépendante et m'attire encore plus. Elle est entière, vivante. Elle, est libre. Elle seule sait. Là, commence le rêve.

I

Gonatine aime les livres. Ils la calment un moment. Elle les plie, entre ses deux mains, vers le haut puis vers le bas, en les dévorant des yeux. Plusieurs fois. Elle les ouvre et passe son nez sur les feuilles. Puis elle en porte un à sa bouche, le mord doucement, appréciant le tendre, puis le dur. Elle regrette enfin qu'ils soient si âpres. En plus, ils gardent la marque de sa morsure, ce qui la gêne énormément : elle doit alors les jeter.